En France, l’accompagnement des femmes entrepreneures se fait plus rare que pour les hommes. Au cours des dernières années, les femmes ont été de plus en plus sensibles au sujet de l’entrepreneuriat, augmentant leur taux de représentativité de 3 points (entre 2021 et 2025). Pourtant, selon le baromètre de 2026, seulement 39% des projets de création d’entreprises portées des femmes ont été soutenus.

« En effet, entre 2021 et 2025, la représentativité des femmes a augmenté de trois points passant ainsi à 29 %.«
Entrepreneuriat des femmes en France : publication du baromètre 2026
On entend souvent parler du syndrome de l’imposteur, beaucoup en ont une vague notion. Mais déjà, qu’est-ce que c’est ? Et puis, à l’échelle de l’entrepreneuriat français, est-ce qu’il aurait un impact plus fort sur les femmes ? Surtout, existe-t-il réellement un lien de cause à effet ?
Le syndrome de l’imposteur, c’est quoi ?
Commençons par les bases. Tout d’abord, le terme de « syndrome de l’imposteur » provient des études de psychologie sociale et clinique. Il correspond au sentiment subjectif et persistant d’insécurité et d’incompétence malgré des performances et des réussites. Initialement étudié dans les années 1970 par Pauline Rose Clance et Suzanne Imes (« The Impostor Phenomenon in High Achieving Women : Dynamics and Therapeutic Intervention »), des recherches plus récentes ont poussé davantage la définition. Désormais, le terme englobe également les effets sur le bien-être mental, les différences entre les genres et les stratégies mentales pour aider les personnes concernées.
Ce trouble, plus présent chez la femme, que l’on retrouve aussi chez l’homme, peut dans certains cas freiner des carrières. En plus de cette incapacité à intérioriser ses propres compétences, peuvent s’ajouter stress et anxiété.
Sommes-nous égaux face au syndrome de l’imposteur ?
Le concept même du syndrome de l’imposteur repose essentiellement sur un manque de confiance en soi. Dans les premières études parues en 1978, les psychologues ont orienté l’études uniquement vers les femmes, pensant que le syndrome était exclusif au genre. Les études plus récentes (entre 1991 et 2001) ont par la suite inclus des hommes, sans parvenir à s’accorder sur cette notion de parité.
Pour autant, il reste difficile de se fier à des valeurs permettant de confirmer ou infirmer que les femmes seraient les plus touchées.
Toutefois, les injonctions, les codes sociaux, la charge mentale, les inégalités de genre et les injustices qui persistent encore aujourd’hui sont tout autant de raisons pour une femme de perdre confiance en elle. Les stéréotypes avaient, à l’époque, déjà la peau dure et la proportion de femme à des postes de direction, encore aujourd’hui, ne fait qu’accentuer tout ce phénomène d’imposture.
Le manque de représentation est alors un facteur de plus pour qu’une femme ne se sente pas légitime, malgré ses compétences, expériences, réussites et diplômes.
Femmes et entrepreneuriat, en France
De nos jours, les femmes restent moins exposées à l’entrepreneuriat (23% contre 34% chez les hommes selon le baromètre 2026). En d’autres termes, elles pensent moins souvent à se tourner vers cette voie-là.
D’autres part, les motivations à entreprendre sont à la hausse, notamment chez les femmes. Dans 37% des cas, les femmes sont motivées à entreprendre dans le but de devenir leur propre patron. Cela constitue leur troisième plus grande motivation selon baromètre. En deuxième position, c’est l’entrepreneuriat d’opportunité (42%) qui équivaut aux taux chez les hommes. Enfin, la première motivation chez les femmes comme les hommes c’est l’entrepreneuriat de valeur ; 46% chez la femme contre 42% chez l’homme.

Comment expliquer ce manque de femme dans le paysage entrepreneurial ?
Nous avons dans cet article souligné le manque de confiance, l’anxiété, les codes sociaux & stéréotypes, le manque de représentation comme facteurs. Tous ces éléments rejoignent et accentuent ainsi tout le concept de ce syndrome de l’imposteur.
D’autant plus que le manque d’accompagnement ne permet pas ce rééquilibre des femmes dans le paysage entrepreneurial.
En parallèle, un manque de confiance en soi a tendance à se répercuter sur les autres. Concrètement, cela agit comme un effet miroir : les risques que l’autre veut prendre font écho à mon propre échec, alors je préconise de ne pas y aller. Ce qui perpétue ce schéma comme un cercle vicieux.

Comment encourager le changement ?

« Donner du sens et se conformer à ses valeurs priment chez les cheffes d’entreprise et les porteuses de projet«
Entrepreneuriat des femmes en France : publication du baromètre 2026
Dans un précédent article, j’évoquais la notion d’hyper-passion, cette capacité à s’investir constamment dans de nouveaux centres d’intérêts. Cette curiosité alliée au besoin de sens devraient alors permettre aux femmes de se sentir légitimes. Les faits prouvant le contraire, voilà quelques moyens d’encourager le changement face au syndrome de l’imposteur.
- Recontextualiser le syndrome : ce n’est pas un manque de compétence ni de légitimité, c’est la réaction face aux biais cognitifs et sociaux
- Privilégier le mentorat et le réseau, non-mixte de préférence : non pas que l’on veuille être impérativement féministe dans toutes les démarches, simplement qu’il est important de mettre en visibilité des exemples auxquels on peut s’identifier
- Faire plutôt qu’attendre d’être « prête » : le « bon moment » peut sembler ne jamais arriver pour se lancer. Alors se lancer plus tôt que prévu nous pousse à collecter des retours constructifs pour ajuster la trajectoire et gagner confiance en nos capacités.
- Redéfinir la notion d’échec : l’échec n’est pas une fin en soi. Ce n’est pas un preuve d’imposture. Le processus d’entrepreneuriat se fait par itération. La valeur d’une personne n’est pas conditionnée par la seule réussite d’un projet.
- Soutenir et accompagner : les femmes sont elles-mêmes les maillons de la chaîne. S’entraider, s’accompagner et se soutenir, c’est déjà encourager le changement. On sort de l’isolement entrepreneurial, on sort du schéma du syndrome et on reprend confiance en s’appuyant sur des structures adaptées.
L’entrepreneuriat féminin freiné par le syndrome de l’imposteur ?
Compte tenu des faits et des études, la réponse et oui. Néanmoins, il y a des nuances et surtout des solutions pour palier au syndrome. Il est possible de sortir de ce sentiment persistant. Et puis il existe surtout d’autres raisons qui freinent l’entrepreneuriat chez les femmes : la prise de risque, les responsabilités, la stabilité, la charge mentale, etc. Ces raisons sont d’ailleurs aussi valables aussi chez les hommes.
Au fil des années, les chiffres sont en hausse et les femmes prennent de plus en plus de place dans le paysage entrepreneurial. La route est longue mais il est possible d’encourager cette évolution. Que chaque femme qui souhaite entreprendre puisse le faire, dans de bonnes conditions.




